21/10/2008

Le Canada en deux vidéos

Retranché en la capitale administrative Ottawa, j'ai choisi de vous faire partager deux vidéos fort célèbres au Canada qui en disent pas mal sur ce grand territoire noble, sauvage, libre, rebelle et... euh... froid ? La première est une publicité pour la bière Molson datant de 2000.



Il n'est pas évident d'y démêler le premier degré du second mais on peut dire que les deux premières phrases de Joe évoquent les clichés sur le Canada (les bûcherons, les trappeurs, les igloos, les traîneaux à chiens) tandis que la suite évoque ce qui fait la spécificité du Canada, surtout par opposition aux Etats-Unis (le système politique primo-ministériel, le bilinguisme, l'utilisation de l'armée pour le maintien de la paix à l'étranger, la diversité - multiculturalisme - plutôt que l'assimilation en ce qui concerne les minorités, les mots qui se disent ou se prononcent différemment) et que la fin explique pourquoi le Canada c'est super (c'est le deuxième plus grand pays au monde, c'est l'endroit qui a vu naître le hockey et le meilleur endroit en Amérique du nord - si, si). Ces informations sont bien entendu sujettes à caution...

Le spot de Molson a donné lieu à plusieurs parodies, dont la plus célèbre est celle ci, où Joe le Canadien se voit remplacé par Guy le Québécois.



Là aussi les premières phrases évoquent les à priori sur le Québec (le chômage, le trafic de cigarettes qui s'opère à la frontière des Etats Unis, la nourriture locale - je vous avoue que la vanne sur le hockey game doggy style m'échappe), la suite définit les caractéristiques du Québec de façon pas toujours très flatteuse (on fume à l'église ; on parle Québécois et Jouale - un dialecte issu du Français parlé dans la région de Montréal - et non pas Français et Anglais ; on fête son anniversaire de mariage au "club supersexe" - ne me demandez pas pourquoi ; on croit à la "société distincte" - terme utliisé pour parler du Québec dans les textes officiels canadiens - à condition que quelqu'un d'autre le finance - le Québec bénéficie d'importants transferts de fonds du gouvernement fédéral ; on croit à la "police du langage" et non pas à l'égalité des droits - les lois qui visent à protéger la langue française au Québec sont très strictes, ainsi le Mc Chicken se voit rebaptisé Mc Poulet et une enseigne en Anglais doit être accompagnée de sa traduction en Français et en deux fois plus grand) tandis que la fin explique pourquoi le Québec, c'est super (on ne peut pas tourner à droite au feu rouge mais on peut griller ce même feu sans problème ; on peut acheter de la bière dans les supermarchés - ce qui n'est pas autorisé dans le reste du Canada ; c'est le premier producteur mondial de sirop d'érable, le "pays" de Céline Dion et Roch Voisine, on peut boire à 18 ans - l'âge minimum est fixé à 19 dans le reste du Canada - et ce n'est "qu'une suggestion"). Précisons que Guy ponctue son intervention de jurons québecois ("calisse" "ostie" "tabarnak" et pour finir un superbe combo : "mautadit tabarnak ostie"). Au Québec, on jure souvent avec des mots d'origine religieuse (le "calice" qui a recueilli le sang du christ, 'l'ostie" qu'on mange à l'église, le "tabernacle" mentionné dans la bible ; "criss" (christ) s'utilise aussi dans la Belle Province pour manifester son exaspération.

Ne prenez pas tout ça trop au sérieux quand même, âmes innocentes que vous êtes.

14/10/2008

Race in America

La dimension raciale est omniprésente dans les analyses aux Etats-Unis: impossible d'aborder un sujet sans évoquer longuement l'importance de la race. Et les statistiques ethniques sont légales et nombreuses (ce qui me permet par exemple de savoir qu'il y a 3% de noirs dans Upper east side -le 16e de Manhattan- et 77% dans Harlem!). Et pourtant...
...une conférence sur l'impact de la race dans les prochaines élections est venu relativiser cette approche. D'une part, Obama le métisse met en évidence l'ambivalence de la notion de race: il est autant noir que blanc! Alors pourquoi toujours le placer dans une seule des deux catégories? Les African-Americans semblent d'ailleurs ne pas le considérer comme l'un des leurs (sa mère est américaine, son père kényan, rien à voir avec les African-Americans).
D'autre part, la victoire d'Obama (de plus en plus probable) viendrait paradoxalement atténuer la notion de race plutot que l'exacerber. Et notre expert de citer l'élection de Kennedy qui a bouleversée la vision des catholiques irlandais aux USA. Et ce mouvement est déjà largement entamé quand on regarde le graphique ci-dessous: l'identité de classe prime sur l'identité raciale (quelque soit la "race")!
L'image “http://www.iserp.columbia.edu/news/articles/images/common.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
J'en conclus que l'analyse des universitaires et des média est en décalage avec la réalité, en continuant à mettre l'accent sur le clivage racial alors que celui-ci est en train de disparaitre.

08/10/2008

Faites des gosses!

J'avais pourtant été prévenue! Mais le choc fut rude! Les Pro-life sont en majorité (écrasante) sur le campus de Notre Dame. Leur dernière action et le peu (voire pas) de réaction qu'elle a suscitée en est la preuve. Hier, alors que je traversais le campus, j'aperçois une centaine de petite croix blanches plantée sur une des pelouses du campus. Intriguée, je chausse mes lunettes (ce détail n'a aucun intérêt mais accentue la tension dramatique de la scène!). Et la HORREUR! Un grand panneau à l'entrée de ce "cimetière-temporaire" m'annonce : "En l'honneur des milliers de femmes, qui, chaque année, meurent victimes d'un avortement", signé l'association "Pro-life" de Notre Dame. A ce moment là, j'ai hésité entre arracher toutes les croix ou m'attacher au panneau avec comme écriteau "Bande de connards, si des femmes crèvent de l'avortement c'est parce que des cons comme vous refusent qu'elles aillent avorter dans des hopitaux, du coup elles sont obligés de le faire avec les moyens du bord et donc elle meurent!!!!!" Finalement, j'ai opté pour l'attitude la plus digne et je n'ai rien fait du tout. Le soir j'ai profité du débat Obama-Mc Cain pour discuter avec le Psdt des Démocrates de Notre Dame et lui parler de ce "cimetière". Réponse : "oui c'est bien malheureux, ils nous font le même coup chaque année, on s'y est habitué". Des conneries pareilles, je m'y habituerais jamais!

Le lendemain (donc aujourd'hui), je vois une pub pour une conférence sur "le mythe de la contraception", "A scientific perspective" qui disait!!! Je décide d'y aller. Je n'ai pas été déçue. A vrai dire, je ne suis restée que 10min, n'ayant pas la force de supporter le reste. La conférence a commencé par "les idées fausses qui mènent à penser que l'Eglise catholique à tort".
Un exemple parmis d'autres: "Beaucoup disent que la terre est surpeuplée, que nous allons droit à la famine. Malthus disait çà aussi en son temps. il avait tort. Donc l'Eglise a raison. "
(Et je ne simplifie pas l'explication, qui était présentée comme çela.)
Le conférencier s'est ensuite mis à parler du taux de renouvellement des populations (2,1). En prenant l'exemple de beaucoup de pays d'Europe (Italie, Allemagne...) qui n'assurent pas leur renouvellement, il en a déduit que ces pays étaient "des pays qui n'appliquaient pas les principes catholiques". Au passage, petit commentaire sur la France: "La France est à 1,9. Même si c'est un pays catholique, vous savez, c'est la France, donc ils ont beaucoup de relations sexuelles." Et ceci sans aucune note d'humour, les étudiants présents acquissant bêtement.
Passage à la slide suivante : "Increase condom = increase HIV". A ce moment là, j'ai préféré quitter la salle.

06/10/2008

En cours...

"mes cours avec des étudiants américains m’ont fait comprendre l’ampleur du changement de mentalité que constitue le mode d’enseignement anglo-saxon. D’érudit accumulant les savoirs, l’étudiant devient un acteur qui cherche à construire sa propre opinion. Le système universitaire américain, c’est aussi et avant tout cette culture du débat, où chaque opinion est écoutée, valorisée, contestée…" Pas mal hein?
C'est bien beau les lettres de motivations, mais c'est pas toujours fidèle à la réalité. Comment se passent donc vraiment les cours à Columbia? Le système universitaire est en fait assez semblable à celui de Sciences Po (CM et TD) avec néanmoins quelques différences notables.
1/ On n'est en classe que 12H par semaines (pour 4 cours), le reste du temps étant consacré aux readings -l'équivalent d'un bouquin hebdomadaire par cours. Et contrairement à Sciences Po, les étudiants les lisent! Les cours sont donc percus comme une introduction, ce qui veut dire en gros qu'on n'y apprends pas grand chose. L'inconvénient du coup, c'est qu'aller en cours sans se prendre la tête à lire les bouquins ne sert strictement à rien!
2/ Les conf de méthodes sont remplacées ici par des discussion section. Le principe? Avoir une discussion animé par un TA (généralement un étudiant en doctorat qui fait ca uniquement pour financer ses études et qui est pas toujours ni intéressé ni compétent pour animer la conf) où chaque étudiant est invité à se forger sa propre opinion. En pratique? Chacun essaie de montrer qu'il a lu les textes en le paraphrasant à la première personne ("je pense que + citation"). C'est encore plus chiant qu'écouter un exposé.

05/10/2008

Patriot Act?

Chaque match de football donne aux étudiants de Notre Dame l'occasion "d'extérioriser" leur patriotisme.
Avant l'entrée des joueurs sur le terrain, le "speaker" lit un passage de la Constitution puis le stade chante "America is beautiful" suivi de l'hymne national.




Vu lors des différents matchs depuis le début de l'année:
- atterrissage de parachutistes de l'armée américaine sur le stade de Notre Dame : match contre Michigan.
http://www.youtube.com/watch?v=nfXDAVw1cSI
- avant chaque début de match, 4 avions de chasse passent au dessus le stade (çà fait un boucan d'enfer). Une fois que les avions ont traversé le stade, les étudiants se tournent dans la direction des avions et scandent "USA! USA! USA!

Tribune des étudiants, l'ambiance : match contre Purdue
http://www.youtube.com/watch?v=3L8N89nN_ZY

Nouvelles Malgaches

Pour moi ici tout va pour le mieux. je consacre pas mal de temps au travail (au moins une journée par semaine pourfaire le tour des douze paysans que l'on finance, une ou deux journées de marché pour acheter les animaux et les céréales nécessaires, des réunions de bilan et de réflexion...). Les missions sont vraiment interessantes et ce que nous faisons ici est très concret et à mon avis assez efficace (nous verrons d'ici quelques semaines ou mois pour les premiers remboursement). C'est d'autant plus interessant que je n'ai pas vraiment de responsable de stage et donc que les décisions nous reviennent à nous stagiaires, avec l'aide du technicien agricole malgache (Laurent) qui connait vraiment bien son affaire et est très motivé pour faire avancer les choses. Il nous sert également de traducteur sachant qu'aucun paysan ne parle Français couramment (et que je ne me suis pas encore mis à fond dans le malgache, mais j'ai déjà quelques rudiments !). C'est le seul vrai handicap de la mission mais on n'y arrive quand même.

A part ça la vie ici est vraiment magique. J'ai l'impression de passer ma
journée à travailler alors qu'objectivement on fait de petites journées. Je me lève assez tôt le matin (vers 7h) et sans réveil (il faut dire que nous avons un coq à la maison, qui commence à chanter vers 4h du matin !). Puis on prend un petit déjeuner soit à la maison soit chez Mirana, une petite boulangerie/salon de thé qui fait des viennoiseries et du pain excellent (aussi bon qu'en France). Après on travail le matin et on dépasse souvent midi. Ici les horaires n'onty pas vraiment de sens, sachant que les bus locaux (des camionnettes Mercedes ou on s'entasse jusqu'à 50 personnes !) attendent que les clients arrivent pour partir (parfois plus de 15 minutes à chaque arrêt). Autant dire que les horaires de rendez-vous sont assez aléatoire. Autrement si on ne va pas très loin, on peut prendre un pousse-pousse (c'est le moyen de transport privilégié d'Antsirabé), et là on apprend les joies de la négociation tarifaire. Je continue le fil de ma journée type : on mange dans une petite gargotte (un "hotely") entre midi et 15h : au menu une bonne grosse assiette de riz (obligatoire) et de la viande (souit du porc, du poulet ou du zébu); tout ça pour environ 2¤ ! La vie ici n'est vraiment pas très élevé, sachant que les plus pauvres travail une journée entière pour gagner environ 1500 ariary (soit moins de 1 euros). Enfin, la journée se termine rapidement puisse le soleil commence à décliner vers 16h et qu'il fait totalement nuit à 17h30. Donc objectivement les journées ne sont pas très longues ! Après soit on reste à la maison, soit des fois on va au restaurant ou on s'en sort dans les 8-9 euros par personne pour un très bon repas (comprenez foie gras, qui est une spécialité locale, filet ou entrecôte de zébu...par exemple).

Le week-end on se repose un peu plus ou on visite. Sachant que souvent le samedi on va au grand marché pour acheter des bêtes pour nos paysans. Là on passe environ 5h à négocier les prix, à attendre qu'ils baissent, à attendre que de nouvelles bêtes arrivent...bref c'est rigolo, même si la première fois j'ai pris une petite insolation à force de rester au soleil. D'ailleurs le temps ici est vraimentmerveilleux. Il fait toujours beau, le soleil cogne mais il ne fait jamais trop chaud (on est à 1500 mètres d'altitude et il y a toujours un peu de vent). Les nuits sont toujours fraîches, voire froides ce qui éloigne les moustiques. Les premières pluies commencent à arriver (on a eu une grosse pluie dimanche). Il ne pleut pas très longtemps mais les gouttes sont grosses comme des poings (j'exagère à peine).

Enfin tout ce petit récit pour vous dire que tout va bien pour moi. J'ai
l'impression que ce que je fais est utile aux autres et en même temps utile à moi-même (je découvre et j'apprends énormément).

Bruno

02/10/2008

What a strange place...

Où es étudiants se baladent en tongue en octobre alors qu'il commence à faire vraiment froid (on m'a prévenu aujourd'hui que le thermomètre descendait jusqu'à 8°C en hiver -en négatif evidemment! grrr grrr)
Où le prof de socio fait son cours en T-shirt et en Nike (le cours est comme le prof: bidon)
Où le self du campus offre des pizzas au petit-déjeuner. Ca a néanmoins l'avantage de me permettre d'emporter mon diner avec moi. Les photos arrivent bientot...
Où les bibliothèques sont ouvertes -et peuplées- 24/7 (24H/24 du lundi au lundi)
Où le drapeau américain règne en maitre dans les gare, sur les métros ou les bus

On appelle ca "the American exceptionalism" (expression très en vogue en cette période électorale). Et ce n'est que le début!